<342> cœur me saigne en pensant aux malheureux Prussiens. Quelle barbarie horrible que le détail des cruautés qui se commettent! Je sens tout ce que vous sentez là-dessus, mon cher frère. Je connais votre cœur et votre sensibilité pour vos sujets. Je souffre mille fois plus que je ne puis le dire, mais l'espérance ne m'abandonne pas. J'ai reçu votre lettre du 14 par W.. Quelle bonté de penser à moi, qui n'ai qu'une tendresse inutile qui est bien richement récompensée par la vôtre! Je suis obligée de finir, mais je ne cesserai d'être avec un très-profond respect, etc.

328. A LA MARGRAVE DE BAIREUTH.

(Kerpsleben, près d'Erfurt) ce 17
(septembre 1757).



Ma très-chère sœur,

Je ne trouve d'autre consolation que dans vos chères lettres. Puisse le ciel récompenser tant de vertu et tant d'héroïques sentiments! Depuis la dernière lettre que je vous ai écrite, mes malheurs ne font que s'accumuler. Il semble que le destin veut décharger toute sa fureur et toute sa colère sur le pauvre État que j'ai eu à gouverner. Les Suédois sont entrés en Poméranie; les Français, après avoir conclu une neutralité humiliante pour le roi d'Angleterre avec les alliés (dont les troupes sont obligées de se séparer et d'entrer dans des quartiers que les Français leur assignent, sans que les États respectifs soient délivrés de contributions ni de livraisons), les Français, dis-je, sont en pleine marche pour inonder les pays de Halberstadt et de Magdebourg. Je m'attends de la Prusse à la nouvelle d'une bataille d'un jour à l'autre; la proportion du nombre des combattants est de