<552> charmé quand on pouvait manifester sa magnificence sans manquer à la discrétion de ne pas toucher aux provisions qui étaient destinées pour sa provision.

Pour le Craftsman, c'est un écrivain qui est contre la cour, et qui prétend que l'on ne rend jamais un plus grand service aux princes que quand on leur découvre leurs ridicules, puisque les courtisans et flatteurs n'ont garde de toucher cette corde. D'ailleurs, c'est un écrivain anglais, qui écrit dans l'esprit de la nation, qui ne regarde un roi que comme un contractant, lequel est d'abord déchu de ses droits lorsqu'il manque à une des clauses, et qu'alors on est en droit de le redresser. Il dit que, en amateur de l'antiquité, il se moule sur les Juvénal, Perse, Pétrone et autres, et prétend, dans sa satire, avoir les mêmes droits qu'eux; et il dit plaisamment dans une de ses pièces : « Je sais que les grands trouvent mes idées extravagantes, imprudentes et criminelles; mais que gagnent-ils? Ils empêcheront les gens de gloser publiquement sur leur sujet; mais, à l'exemple du barbier de Midas, on va crier aux roseaux : »

« Midas, le roi Midas a des oreilles d'âne. »a

Voilà, monseigneur, le goût anglais, que je ne conseillerais à personne d'imiter dans les pays despotiques, mais dont les républicains ne se déferont jamais. Aussi est-ce une chose avérée que le roi d'Angleterre ne s'en scandalise pas, se faisant apporter régulièrement le Craftsman, qu'il lit avec beaucoup d'attention.

Je joins les nouvelles de Paris, et comme c'est un monde, on ignore la millième partie de ce qui s'y passe. Le fameux Patinho vient de mourir. C'était le bras droit de la reine d'Espagne, grand ministre, grand financier, et excellent marin. C'est une perte dont Sa Majesté Espagnole aura de la peine à se relever.

Le Roi est allé hier à Kossenblatt, et la Reine l'y suit aujourd'hui.


a Boileau, Satire IX, A mon Esprit, v. 224..