<233> sciences et les lettres, lui seront redevables de leurs progrès, en France; comme dans ses propres États.

V. M. s'exprime avec la philosophie la plus vraie, et en même temps la plus aimable, sur les louanges que le jeune écolier lui a données. Mais celle philosophie, Sire, si digne d'un grand homme qui apprécie tout, n'empêche pas la philosophie elle-même de dire : L'enfant dit vrai, et d'applaudir à la justice qu'il rend à V. M.

Je pense bien comme elle que ce n'est pas l'amour de la philosophie qui fait faire au César Joseph tant d'entreprises contre les moines, les prêtres et la cour de Rome; je crois que ces entreprises couvrent de plus grands intérêts, qui ne tarderont pas à éclore bientôt; et, malgré ma néphrétique et mon âge de soixante-quatre ans, je ne désespère pas de voir un jour l'Empereur vraiment roi des Romains, et le successeur de saint Pierre réduit à n'être qu'évêque de Rome. Malheureusement, Sire, pour le progrès de la raison, les prêtres conservent encore ailleurs que dans les États autrichiens un crédit bien nuisible aux lumières. V. M. croira-t-elle que l'archevêque de Paris, qui, par parenthèse, se meurt en ce moment d'hydropisie, a demandé et obtenu que, dans les pièces de théâtre nouvelles, le mot de prêtres ne fût pas prononcé? car la conscience de ces gens-là les persuade qu'on parle d'eux quand on dit du mal des prêtres d'une autre religion. Ils ressemblent à ce valet de comédie ivre, qui, entendant prononcer le mot de maraud, dit naïvement : « Maraud! Voilà quelqu'un qui me connaît. »a On vient de retrancher dans une pièce nouvelle dont la scène est au quatorzième siècle, du temps de l'empereur Louis de Bavière et de Jean XXII, ce vers :

Le sacerdoce altier lutte contre l'Empire,

quoiqu'il n'exprime qu'un fait malheureusement trop vrai dans ces


a Ce mot est dans la Sérénade, comédie en un acte et en prose, par Regnard (1694), scène XXIII.