<56>sent, je suis surchargé d'affaires. Je vais faire passer ma fièvre, car j'ai besoin de ma machine, et il en faut tirer à présent tout le parti possible.

Je vous envoie une odea en réponse à celle de Gresset. Adieu, cher ami; ne m'oubliez jamais, et soyez persuadé de la tendre estime avec laquelle je suis, etc.

154. DE VOLTAIRE.

Herford, 11 novembre 1740.

Dans un chemin creux et glissant,
Comblé de neiges et de boues,
La main d'un démon malfaisant
De mon char a brisé les roues.
J'avais toujours imprudemment
Bravé celle de la Fortune;
Mais je change de sentiment;
Je la fuyais, je l'importune,
Je lui dis d'une faible voix :
O toi qui gouvernes les rois,
Excepté le héros que j'aime!
O toi qui n'auras sous tes lois
Ni son cœur, ni son diadème!
Je vais trouver mon seul appui.
Qu'enfin ta faveur me seconde;
Souffre qu'en paix j'aille vers lui;
Va troubler le reste du monde.

La Fortune, Sire, a été trop jalouse de mon accès auprès de V. M.; elle est bien loin d'exaucer ma prière; elle vient de briser sur le chemin d'Herford ce carrosse qui me menait dans la terre promise.


a Voyez t. X, p. 11-13, et t. XX, p. 4.