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A MADAME THÉRÈSE.

A mon camp de Naumbourg, octobre 1757.

Vous me croirez aisément, madame, quand je vous dirai que j'ai été jusqu'à présent fort peu dévot à votre patronne. Outre le peu de goût naturel que j'ai à l'invocation des saints, je vous avoue que je m'étais pris d'humeur contre la Thérèse béatifiée,a en rancune des mauvais tours que me joue la Thérèse couronnée. Mais j'apprends qu'il y a à Paris une autre Thérèse qui, sans avoir les visions de l'Espagnole ni les hauteurs de l'Allemande, se contente d'être la plus aimable de toutes les Françaises. Enfin j'apprends que vous êtes Thérèse, et voilà le trait que la grâce efficace réservait à ma conversion. Si j'avais le temps de faire des vers, je la signalerais par quelque hymne galant; mais sept ou huit cent mille hommes que j'ai sur les bras me prennent en vérité presque tout mon temps. Croyez cependant, madame, que je trouverai toujours celui de m'occuper de vous et de vous souhaiter plus de bonheur que n'en peut espérer désormais

Votre fidèle et sincère admirateur,
Federic.

P. S. Le bouquet que je prends la liberté de vous offrir devrait vous être présenté dans un vase de la plus belle porcelaine : mais toute


a Sainte Thérèse, fondatrice de l'ordre des carmélites, née à Avila, en Espagne, mourut en 1582. et fut canonisée, en 1622, par le pape Grégoire XV.