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7. AU MÊME.

(1749.)

J'aurais désiré, mon cher maréchal, de vous faire passer le temps plus agréablement que vous ne l'avez fait.a Je vous avoue que j'ai préféré les intérêts de ma curiosité et la passion de m'instruire aux attentions que j'aurais dû avoir pour votre personne et pour votre santé. Je vous fais mes excuses de vous avoir tenu si longtemps assis, et de vous avoir fait veiller au delà de votre coutume; j'ignorais que cela pût vous incommoder. Je suis si bon allié de la France, que, bien loin de vouloir ruiner la santé de ses héros, je voudrais leur prolonger la vie.

On parlait, ces jours passés, d'actions de guerre, et on agitait cette question rebattue, savoir, laquelle des batailles gagnées faisait le plus d'honneur au général. Les uns disaient que c'était celle d'Almanza,b d'autres se déclaraient pour celle de Turin. Pour moi, je fus d'avis que c'était la victoire qu'un général à l'agonie avait remportée sur les ennemis de la France.c

Je passe sous silence les choses obligeantes que vous me dites. Le but de la plupart de nos actions est de mériter l'approbation des gens de bien et des grands hommes. Si j'ai gravé dans votre mémoire le souvenir de mon amitié, c'est tout ce que j'ai prétendu y mettre. Les talents égalent les particuliers aux rois, et, pour ne rien dissi-


a Le maréchal de Saxe vint à Berlin le 13 juillet 1749; il logea à l'hôtel Vincent (voyez t. X, p. 99), et se rendit le 15 à Sans-Souci. Il partit pour Dresde le 16. Le Roi lui avait donné son portrait et une tabatière de prix.

b En 1707. Voyez t. X, p. 314, et t. XI, p. 192.

c Voyez t. III, p. 110 et 111.