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ODE V (VI). LA GUERRE PRÉSENTE.a

Bellone, jusqu'à quand ta rage frénétique
Veut-elle désoler nos peuples malheureux?
Et pourquoi voyons-nous de leur sang héroïque
En tous lieux prodiguer les torrents généreux?
La terre infortunée est livrée au pillage,
Aux flammes, aux combats, aux meurtres, au carnage,
Et la mer n'aperçoit sur ses immenses bords
Que des naufrages et des morts.

Ce monstre au front d'airain, le démon de la guerre,
Monstre avide de sang et de destruction,
Ne s'est donc arrogé l'empire de la terre
Que pour l'abandonner à la proscription!
Jamais le vieux Caron n'a tant chargé sa barque;
De ses funestes mains la redoutable Parque
N'a jamais à la fois rompu tant de fuseaux
Où tenaient les jours des héros.


a La guerre de MDCCXLVII. (Variante de l'édition in-4 de 1760, p. 38.)